« En Côte d’Ivoire, la frontière entre communication publique et communication politique est très floue »

Interview de Cédric Zohe, ancien journaliste professionnel, actuellement Administrateur de la communication au Ministère de la Santé, de l’Hygiène Publique et de la Couverture Maladie Universelle de Côte d’Ivoire. Il occupe le poste de Chef de Service communication et relations publiques à l’Institut National d’Hygiène Publique (INHP) et enseigne également la communication à l’Université de l’Atlantique et à l’Université Loko.

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En Côte d’Ivoire, fait-on une distinction entre communication publique et communication politique ? Si oui, laquelle ?

En Côte d’Ivoire, la frontière entre communication publique et communication politique est très floue. Cela s’explique par la forte politisation des institutions publiques et le fait que les nominations à la tête des structures étatiques sont souvent basées sur le militantisme politique. Comme le disait un haut responsable politique ivoirien : « à compétence égale, on privilégie le militant ». En conséquence, chaque nouveau dirigeant d’institution nomme généralement un proche collaborateur au poste de responsable de la communication, souvent sans qualifications ni compétences spécifiques en la matière.

Cependant, depuis quelques années, sous la pression croissante des réseaux sociaux et face à une demande accrue de la population pour un meilleur accès à l’information publique, une distinction progressive commence à apparaître entre communication publique et communication politique.

Quels sont les principaux outils de communication publique en Côte d’Ivoire en matière de santé ?

En Côte d’Ivoire, plusieurs outils et canaux sont mobilisés pour la communication publique en matière de santé, visant à informer, sensibiliser et mobiliser la population. On utilise aussi bien les médias traditionnels, tels que :

  • La radio, le média le plus accessible, notamment en milieu rural grâce à l’émergence des radios communautaires ;
  • La télévision, pour la diffusion de spots, émissions, débats et reportages ;
  • L’affichage urbain ;
  • La presse écrite, avec la publication d’articles, affiches et campagnes d’information ;
  • Les sites web et les réseaux sociaux.

À cela s’ajoute également l’utilisation de campagnes SMS, menées en partenariat avec les opérateurs de téléphonie mobile, afin de toucher un public plus large.

Auriez-vous deux ou trois exemples de campagnes de communication publique de santé récentes de votre pays que vous trouvez particulièrement réussies ?

En 2024, deux grandes campagnes de santé publique ont particulièrement marqué le pays :

  • La campagne de lutte contre la Dengue, face à la recrudescence des cas
  • La campagne de lutte contre la MPOX (variole du singe).

Ce sont les deux campagnes majeures organisées après celles menées contre la COVID-19 et Ebola, et elles ont permis une forte mobilisation de la population grâce à l’utilisation combinée de médias traditionnels et des réseaux sociaux.

Comment améliorer la communication publique de santé en Côte d’Ivoire (et plus globalement la communication publique) ?

La communication publique joue désormais un rôle essentiel en matière de santé en Côte d’Ivoire. Il faut d’abord saluer les efforts notables déployés par le gouvernement actuel. Depuis janvier 2023, des points focaux en communication ont été affectés dans les 133 districts sanitaires du pays ainsi que dans l’ensemble des structures sous tutelle du ministère de la Santé. Ces points focaux, recrutés par voie de concours, sont tous diplômés en communication et possèdent donc les bases du métier. Pour les rendre pleinement opérationnels, il serait pertinent de renforcer leurs compétences spécifiques en communication en santé publique, à travers des formations continues, du coaching, et des ateliers pratiques adaptés aux réalités culturelles de chaque localité.

Le secteur de la communication publique est-il bien structuré en Côte d’Ivoire ? Y a-t-il une association qui regroupe les communicants publics ou les dircoms du secteur public ?

Le secteur de la communication publique en Côte d’Ivoire est encore en phase de structuration. Le Ministère de la Communication joue un rôle central, assurant notamment le porte-parolat du gouvernement.

Par ailleurs, chaque ministère, institution publique, établissement public ou collectivité territoriale dispose généralement d’une Direction ou d’un Service de la Communication (appelé DIRCOM). Certaines structures sont également dotées d’attachés de presse, de chargés de communication ou de cellules de communication.

Toutefois, il n’existe pas, à ce jour, de structure formelle de coordination regroupant les communicants publics. Il n’y a pas non plus d’association spécifique pour les communicants publics ou les DIRCOM, même si des réseaux informels ou groupes d’échange entre eux existent.

Interview réalisée par Damien Arnaud et publiée en mai 2026

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