Depuis plusieurs années, le Cercle des Communicants et des Journalistes Francophones (CCJF) suit et accompagne Enock Bulonza, originaire de République démocratique du Congo (RDC). Il a été parrainé il y a 5 ans dans le cadre de notre opération d’entraide La Route de la Com’ (sa vidéo). Quelques années plus tard, il a répondu à une interview écrite sur la communication politique (son interview). Aujourd’hui, il réalise un doctorat en Sciences de l’information et de la communication à l’Université Bourgogne Europe (UBE) et enseigne à l’Université catholique de Bukavu en RDC. Interview.

Enock lance aussi un appel à la solidarité : il recherche un garant, une subvention ou même une alternance qui faciliterait l’obtention de son visa pour son séjour à Dijon entre novembre 2025 et juin 2026

Vous réalisez actuellement un doctorat en France sur la communication publique autour de la santé mentale dans la ville de Bukavu en République démocratique du Congo. Pourquoi avez-vous choisi ce sujet de thèse ? Quel est le premier état des lieux ? Où en êtes-vous de vos recherches ? 

J’ai opté pour ce sujet de thèse pour plusieurs raisons. En tant que natif de Bukavu, je suis témoin au quotidien, dans les espaces publics, de nombreuses formes de stigmatisation envers les personnes atteintes de troubles mentaux, souvent à travers des préjugés et stéréotypes tenaces. Par ailleurs, cette ville fait face, depuis plusieurs décennies, à de graves difficultés socio-économiques, telles que les conflits armés à répétition, les catastrophes naturelles et les crises économiques, qui ont contribué à l’augmentation significative des troubles mentaux au sein de la population.

Mon engagement dans ce domaine est aussi personnel : j’ai eu l’occasion de travailler comme assistant social dans un centre de santé spécialisé en soins psychiatriques à Bukavu. Cette expérience m’a permis d’observer de près la souffrance psychique de nombreuses personnes et la politique publique en matière de santé mentale dans mon pays. Mon intérêt pour la communication publique en santé a renforcé également mon envie d’approfondir cette problématique à travers une démarche scientifique.

Sur le plan académique, mes travaux évoluent de manière satisfaisante. En octobre 2024, j’ai validé avec succès mon premier Conseil de Suivi Individuel (CSI), clôturant ainsi ma première année de doctorat. Actuellement, je travaille à la finalisation de la problématisation et à l’approfondissement de ma revue de littérature, en amont de mes recherches de terrain et des stages d’immersion à venir.

Concernant ma participation aux séminaires, le rythme reste limité. En temps normal, je devrais être présent à Dijon ou à Besançon pour prendre part aux séminaires en présentiel organisés par mon École doctorale, nécessaires à la validation des heures requises pour les doctorants. Toutefois, l’absence de bourse, de subvention, ou de garant en France rend difficile l’obtention d’un visa étudiant, les démarches administratives étant particulièrement rigoureuses.

Mon souhait est de pouvoir réaliser les enquêtes de terrain et les stages avant novembre, afin de rejoindre la France pour la rentrée et participer aux séminaires. Je crois profondément à la force de notre réseau, le Cercle des Communicants et Journalistes Francophones. C’est pourquoi je lance un appel à la solidarité : si une personne est en mesure de m’aider à trouver un garant, une subvention, ou même une alternance qui faciliterait l’obtention de mon visa pour mon séjour entre novembre 2025 et juin 2026 à Dijon en France, je lui en serai infiniment reconnaissant Cet appel est pour moi une main tendue vers celles et ceux qui croient, comme moi, en la puissance du collectif. J’espère sincèrement qu’il trouvera un écho favorable.

La santé mentale est la grande cause nationale en France en 2025. Quelles sont pour vous les initiatives intéressantes en communication publique mises en œuvre en France afin d’aborder ce sujet délicat ?

Contrairement à mon pays, la communication publique autour de la santé mentale en France mobilise un large éventail d’acteurs, tels que le Gouvernement, des associations, des médias et des ONG, qui mettent en œuvre des actions complémentaires. Celles-ci incluent notamment des ateliers participatifs, des conférences publiques, ainsi que des plateformes numériques d’écoute et de conseil, facilitant l’accès à l’information et au soutien. Je suis régulièrement les actualités en ligne de plusieurs organisations comme la Fondation FondaMental ou l’association Santé Mentale France, qui conduisent des campagnes utilisant des supports variés spots télévisés, affichages urbains, réseaux sociaux et podcasts afin de toucher un public large et d’adapter leurs messages aux différentes cibles. Par ailleurs, d’autres initiatives de sensibilisation et d’éducation, menées notamment au sein des universités et des entreprises, participent également à la déstigmatisation et à la mobilisation communautaire. Ces actions contribuent à une approche globale et inclusive, en phase avec les enjeux actuels de la santé mentale en France.

En République démocratique du Congo, quelles sont les maladies qui font le plus l’objet de campagnes de communication publique ? 

De manière succincte, je peux dire qu’en République démocratique du Congo, des épidémies comme la maladie à virus Ebola, le choléra, la rougeole, la fièvre typhoïde, la tuberculose, le Mpox, ainsi que certaines maladies endémiques comme le paludisme ou la pandémie de Covid-19 font régulièrement l’objet de campagnes de communication publique. En revanche, les troubles de santé mentale, les maladies émergentes non transmissibles telles que le diabète ou l’hypertension artérielle, ainsi que plusieurs maladies tropicales négligées, ne bénéficient pas de la même attention médiatique ni du même niveau d’investissement en matière de communication publique.

Quels sont les outils les plus utilisés en République démocratique du Congo afin de communiquer sur les enjeux de santé et les maladies ?

La République démocratique du Congo demeure confrontée à une fracture numérique significative, limitant l’accès équitable aux technologies de l’information et de la communication. Moins de 35 ℅ de la population a accès à la connexion internet selon les données de l’Agence de régulation des postes et télécommunications (ARPTC). Dans ce contexte, les médias traditionnels, notamment les radios et télévisions qu’elles soient confessionnelles, publiques, commerciales ou communautaires constituent les principaux canaux de diffusion des messages relatifs à la santé et aux maladies. Parallèlement, certaines plateformes numériques comme Facebook, WhatsApp, X, Instagram ou LinkedIn sont également mobilisées, bien que leur usage demeure inégal selon les milieux. En complément, des supports de communication visuelle comme les affiches, les messages USSD et autres formats adaptés aux contextes locaux sont largement utilisés pour renforcer les actions de sensibilisation.

Vous êtes chercheur à l’Université de Bourgogne Europe. Qu’est-ce qui vous plaît dans le monde de la recherche ? Quelles sont les marges de progrès pour les doctorants ?   

En tant que doctorant affilié au laboratoire Communications, Médiations, Organisations, Savoirs (CIMEOS – EA 4177), ce qui me plaît particulièrement dans la recherche est la possibilité d’examiner de manière approfondie des problématiques complexes, souvent marginalisées ou insuffisamment explorées. Pour moi, la recherche scientifique constitue un espace privilégié de distanciation critique, permettant de questionner les évidences, de déconstruire les représentations sociales dominantes, et de contribuer, modestement mais concrètement, à une meilleure compréhension des dynamiques qui traversent le monde social.

Vous donnez des cours à l’Université catholique de Bukavu en République démocratique du Congo. Qu’enseignez-vous ? La communication attire-t-elle beaucoup d’étudiants ? Ont-ils envie de faire de la communication pour des institutions publiques congolaises ? 

J’assure l’enseignement de quelques cours liés au journalisme, aux technologies de l’information et à la communication publique, domaines pour lesquels je porte un vif intérêt. En tant que jeune enseignant et doctorant, je cherche constamment à renforcer mes compétences pédagogiques et scientifiques. Dans ce cadre, j’interviens en tant qu’assistant, notamment pour la correction des travaux pratiques. Ces missions d’assistanat constituent pour moi d’excellentes occasions d’apprentissage, enrichissant ma pratique tout en approfondissant ma connaissance des thématiques émergentes à l’intersection des sciences sociales et des sciences de l’information et de la communication.

La communication suscite un fort engouement parmi les étudiants en République démocratique du Congo, notamment à l’Université Catholique de Bukavu. Une simple observation permet de distinguer deux profils d’attentes selon le cycle d’études. Au premier cycle, les étudiants manifestent une curiosité prononcée pour le journalisme et ses différentes facettes. Cette dynamique est particulièrement encourageante, d’autant plus que l’Université propose des opportunités pratiques régulières, notamment via la Radio Universitaire, véritable laboratoire d’apprentissage. On remarque d’ailleurs que la majorité de nos étudiants oriente leurs projets tutorés en Bac + 3 vers des productions journalistiques, documentaires ou podcasts, témoignant ainsi de leur appétence pour ce domaine et ses nouveaux métiers.

En revanche, en deuxième cycle, l’intérêt des étudiants se focalise davantage sur la communication des organisations et des entreprises, ainsi que sur la communication publique. Toutefois, un point commun demeure : une forte attente vis-à-vis des métiers émergents de la communication, tels que le marketing digital, la rédaction web, le design ou la stratégie digitale.

Interview réalisée par Damien Arnaud et publiée en juin 2025


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