Dans le cadre de la semaine de la Francophonie, le Cercle des Communicants Francophones a souhaité croiser les regards de francophones (enseignants, directeurs de la communication, étudiants, journalistes…) pour exprimer toute la diversité de la francophonie. Chaque point de vue est personnel. Nous enrichirons cette page de jour en jour en fonction des textes reçus.

Vous avez envie de participer ? Envoyez-nous votre texte à : cercledecom@gmail.com !


Christian AGBOBLI (Québec et Togo) : « La francophonie, une relation ouverte et poétique »

« La langue française constitue aujourd’hui un véritable vecteur de communication pour les peuples francophones du monde. Ces peuples ont la possibilité d’échanger et d’interagir malgré les distances culturelles, géographiques ou politiques qui les séparent. La communication, comme processus d’échanges et de partage, repose sur des symboles, a une multitude de ramifications et suppose une relation. Comme l’axiome de l’école de Palo Alto qui soulignait que tout est communication, la langue en constitue l’une des modalités. La langue française représente ainsi l’une des modalités de rapprochements des peuples et des cultures : on aime, pense, lit, écrit ou rêve en français. La langue française, qu’elle soit notre langue maternelle ou pas, permet aux individus d’échanger, de transmettre leurs cultures, de se lier à leurs semblables, voire de dénoncer les injustices du monde. Comme vecteur de communication, le français nous permet de nous identifier autant comme francophone que comme Argentin, Burkinabè, Roumain, Togolais, Vietnamien ou Québécois, etc. La francophonie, tout comme la possibilité de communication qu’elle permet, sera ce que nous souhaitons qu’elle soit : une relation ouverte et poétique aussi bien que rassembleuse et scientifique… »


Yvan BOUDE (France) : « Il faut expliquer que la francophonie est un humanisme intégral »

« Francophonie, vous avez dit francophonie ? Mais, qui sait vraiment ce qui se dissimule derrière ce nom ? En ce dimanche midi, soixante-dix-septième jour de l’année, à l’heure où certains commémorent la naissance de Mallarmé – « Ce n’est pas avec des idées qu’on fait des vers, c’est avec des mots » – et d’autres l’entrée solennelle de Simone Veil à l’Académie française, rassemblez votre famille, vos amis ou vos voisins autour d’une question : « qu’est-ce pour vous, la francophonie ? » Vous serez certainement tout autant surpris que moi. Surpris d’abord, par le fort sentiment d’appartenance de vos convives à « la francophonie » – sentiment partagé, rappelons-le si nécessaire, par 91% des Françaises et des Français selon un sondage publié il y a quelques années. Mais surpris surtout par leur méconnaissance de ce qu’englobe « la francophonie » au-delà de la communauté de celles et ceux, pays comme individus, qui ont la langue française en partage. Comme si depuis le géographe Onésime Reclus le temps n’avait laissé aucune empreinte, qu’il n’avait eu aucune prise. Comme si Léopold Sédar Senghor n’avait jamais écrit cette phrase, un jour d’automne 1962, pour célébrer un au-delà dépassant le français comme seule langue de culture : « La francophonie, c’est cet humanisme intégral, qui se tisse autour de la terre : cette symbiose des « énergies dormantes » de tous les continents, de toutes les races, qui se réveillent à leur chaleur complémentaire ». Il s’agit pourtant, à bien des égards, d’un des défis majeurs qui s’imposent à nous dans les prochaines années – celui de la langue française certes mais surtout celui de la démocratie et de la paix, de l’éducation et de la formation, du dialogue interculturel et de la coopération multilatérale… Encore faudrait-il que le rôle que peut, et doit, jouer la francophonie pour répondre à ces défis soit expliqué, valorisé, incarné, partagé… À son niveau, avec enthousiasme et affection, à travers ses engagements comme ses initiatives, c’est bien ce que fait notre Cercle des Communicants Francophones.»


Lorita SIMBOU KOMBILA (Sénégal) : « La francophonie, c’est un monde de relations interpersonnelles très enrichissant où chacun a à gagner quelque chose »

« La francophonie, c’est une sphère de rencontre et d’échanges. A travers ces actions, la francophonie cultive des valeurs de paix et d’entraide. La francophonie, c’est la diversité culturelle de ses membres. Elle permet de se connaître et d’acquérir la connaissance d’autrui. C’est un monde de relations interpersonnelles très enrichissant où chacun a à gagner quelque chose. La francophonie, c’est également la culture de la langue française. Une langue parlée dans divers pays et qui s’enrichit des différences de chacun. »


Amélia GUYOT (France) : « A la fois une et multiple, la langue française est un vecteur d’expression d’une communauté plurielle »

« Il y aurait tant à dire sur la francophonie. Il faudrait évoquer les chiffres et citer les grandes figures littéraires qui l’ont habitée : Senghor, Césaire, Yacine… J’opterai cependant pour une approche plus personnelle en évoquant le souvenir d’un choc esthétique, une émotion linguistique de jeunesse. Nous sommes un vendredi d’octobre, la nuit tombe sur la ville. 15 étudiants sont réunies et presque autant de nationalités. La ronde des présentations dessine sous nos yeux la carte du monde : Liban, Cameroun, Canada, Maroc, Togo, Côte d’Ivoire, Belgique, Bulgarie… De cette soirée cosmopolite, ma mémoire n’a pas gardé trace du sujet débattu. Ce qui s’y trouve ancré, c’est le sentiment déconcertant d’assister à l’émergence d’une assemblée universelle francophone. A la fois une et multiple, la langue française, vecteur d’expression de cette communauté plurielle, m’apparait au fil des échanges tel le reliquat d’une langue pré-babélienne. Chauvinisme déplacé ? Peut-être… Si ce souvenir a été quelque peu enjolivé par le temps, je ne saurais oublier la musique des intonations, la diversité des vocables et la pertinence des propos qu’il m’étaient alors données d’apprécier ni encore le plaisir de vivre ce temps de partage. Nul angélisme de ma part, eux comme moi connaissions l’Histoire de même que les stigmates qu’elle a laissés. Et pourtant ce soir-là, entre jeunes, j’ai ressenti que nous avions envie d’aller de l’avant, de nous approprier cet héritage pour écrire notre propre histoire, en français bien sûr, mais pas seulement.»


Albine VILLEGER (France et Cameroun) : « La Francophonie, un pont entre les continents »

« En Afrique, les rimes du français se déclinent  avec un affect puissant, et partant, communicant… Syntaxe, grammaire, orthographe, conjugaison, linguistique et sémantique, nos univers écrits et parlés ont rencontré l’histoire du monde, des continents, des espaces géographiques aux frontières incertaines auxquels nous avons appliqué de manière brutale des découpages et quadrillages, certes géométriques mais pas toujours ethniques ou éthiques. Et pourtant… cette langue arrivée promptement dans les vocabulaires africains, souvent à leurs corps défendant, a servi de ciment national et transfrontalier dans la région Ouest de ce continent, qui m’attire tant, parce que le ciel y est plus grand. Nos mots y ont trouvé un relief nouveau, étrange écho de nos poésies réinventées, transformées, métamorphosées. Ces littératures modernes du XXème siècle sont parfois contestées par les auteurs contemporains car souvent instrumentalisées comme l’admiration des anciens occupants envers « leurs » espaces, et ce qui s’y est cultivé dans leurs prolongements. Le temps a passé et laisse (trans)paraître une langue française, indépendante, riche et dense de connexions entre les continents, européen, africain, américain… Voyageuse curieuse, exploratrice de faune sauvage et de patrimoine ancestral, modeste nomade africaine par intermittence vacancière – aux racines paternelles au Cameroun – ma francophonie africaine n’a définitivement aucune haine en elle. Puisse-t-elle se décliner en langage et territoire hospitaliers dans notre vieille Europe ».


Cyrille Bertrand MBANGUE (Sénégal) : « La francophonie désigne une communauté de personnes qui chemine vers la construction d’un monde équitable en s’appuyant sur le levier de la diversité culturelle »

« La francophonie désigne une communauté de personnes solidaires au passé commun qui chemine vers la construction d’un monde équitable en s’appuyant sur le levier de la diversité culturelle. C’est également un engagement porté par des personnes aux affinités fortes, au-delà de la langue française,  pour faire entendre leurs voix dans le concert des nations notamment sur les questions se rapportant à l’éducation, la paix, les droits de l’homme, la démocratie, le développement, etc. La francophonie à travers la langue française comme outil de communication, n’est pas une attaque contre les autres langues, mais permet de rendre compte de la complexité de notre humanité. Plus qu’un patrimoine légué par l’histoire, la francophonie est la rencontre des populations qui,  malgré leurs différences de fait, veulent penser une nouvelle façon d’être dans le monde ».


Mathieu SOLIVERES (France) : « La francophonie, un bien à transmettre à nos enfants pour qu’ils continuent de la faire vivre »

« La Francophonie, c’est un héritage que nous avons en partage avec des peuples partout dans le monde. Cette langue que nous avons en commun avec des personnes dont les traditions, les cultures et les modes de vie sont aussi divers que variés, nous permet avant toute chose de communiquer, de s’écrire, de se parler. C’est un outil exceptionnel qui nous permet, parfois à l’autre bout du monde, de retrouver une partie de ce qui nous est cher, notre langue, qu’elle soit maternelle ou non. Elle permet surtout de nous comprendre, de nous écouter et d’apprendre à nous connaître. Elle nous permet de découvrir des femmes et des hommes en parlant le même langage. La francophonie est donc une richesse qu’il s’agit de protéger, de défendre et surtout de promouvoir. Elle est une chance, une opportunité, un atout pour contribuer au dialogue entre les peuples dans des régions où les crises, les guerres et les conflits ont besoin d’apaisement et de compréhension mutuelle. La francophonie est un bien à transmettre à nos enfants, pour qu’ils continuent de la faire vivre et de lui donner tout son sens ! »


Gaspara DELCARMEN BELKIS (Haïti) : « La Francophonie, une grande communauté  internationale »

« La Francophonie est pour moi une communauté, un tout formé par l’ensemble des pays francophones et l’ensemble des habitants du monde faisant usage de la langue française. Elle représente aujourd’hui, la force de la langue française, car c’est grâce à cette communauté que la langue est encore vivante. Mais tout cela serait impossible sans la communication. C’est par la communication que tout cela peut se faire. C’est la communication et les interactions qu’elle engendre qui a permis à la Francophonie d’être ce qu’elle est aujourd’hui, une grande communauté internationale. Par ailleurs, ce sont les stratégies de communication qui permettent de promouvoir la langue à travers le monde et d’aider à sa diffusion. »


Kevin THIBAUD (France) : « La richesse de la francophonie, c’est sa diversité culturelle »

« La francophonie c’est avant tout le partage. Le partage d’une langue ainsi que de valeurs. Selon l’Observatoire de la langue française, aujourd’hui nous sommes 274 millions de locuteurs, répartis sur cinq continents, à partager la langue française. Ce qui fait la richesse de la francophonie c’est sa diversité culturelle, permettant de réunir des millions de locuteurs autour d’une langue commune. La langue française c’est aussi la diplomatie et l’éducation. Les pays francophones, de par leurs importants réseaux diplomatiques et consulaires dans le monde visent à diffuser, transmettre et promouvoir le français. Grâce au travail des Instituts français, des Alliances françaises et de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF), la mission première de promouvoir la langue française et la diversité culturelle et linguistique est accomplie. De par ses structures et ses actions l’OIF répond également à une autre mission, celle d’assurer l’accès aux technologies de l’information et de la communication.»


Sinaly SOGOBA (Mali) : « La francophonie, c’est une langue commune qui respecte les différences de chacun »

« La francophonie se définie par le respect de nos différences autour d’un idéal commun, d’une langue commune qu’est le français. Elle est un véritable espace linguistique, d’échange culturel, de rencontres prônant valeur, apprentissage, équité et qui place l’Homme au centre. En cela, le Cercle des Communicants Francophones est l’une des illustrations parmi tant d’autres. Vive la langue française, vive la francophonie.»


Laurence DEFARD (France) : « Francophonie et communication, une nécessaire histoire d’amour ! »

« Parce que nos métiers de communicants nous amènent à user quotidiennement de notre belle langue française et à savourer la richesse de ses mots, l’histoire d’amour entre la francophonie et la communication me paraît inévitable ! La francophonie, c’est le plaisir de lire, d’écrire, d’échanger, de partager, de mêler les accents en donnant une saveur particulière à chacun des mots que nous formulons… Autant de valeurs partagées dans le quotidien de tout communicant.»


Mathilde LESAULNIER (France) : « C’est en Nouvelle-Zélande que j’ai pris conscience de ce qu’est la francophonie »

« J’ai souvent entendu parler de la francophonie. Beaucoup en théorie mais rarement en pratique. C’est donc par mon expérience actuelle que je découvre concrètement ce qu’est la francophonie. Actuellement en voyage en Nouvelle-Zélande, je rencontre énormément de jeunes partis à la découverte du monde. Français, Allemand, Suédois, Argentin, Espagnol, Australien… Tous les jours, je rencontre « Les voyageurs du monde ». Alors que mon voyage touche à sa fin, j’ai pris conscience que ma plus belle expérience a été de me retrouver avec 7 personnes de 4 nationalités différentes mais toutes francophones. Eh oui ! C’est fou n’est-ce pas ? Québécois, Belges, Suisse, Français ! Tant de diversité culturelle et géographique. Pendant une semaine nous avons échangé à propos de nos vies, de nos coutumes, de nos différences de vocabulaire et d’expressions ! Car même entre francophones, parfois, on ne se comprend pas. La francophonie c’est donc pour moi cette facilité à dialoguer avec des personnes de nationalités différentes. C’est partager la même langue natale mais à des kilomètres les uns des autres. C’est la richesse de la langue française.»


Damien ARNAUD (France) : « La francophonie permet de percevoir ce qu’il y a de commun dans l’autre »

« La francophonie est un espace, un réceptacle qui permet la transformation de la langue française, pour la revivifier. Elle permet de l’enrichir d’imaginaires lointains et de nombreuses variations qui construisent une harmonie globale. Mais la francophonie, c’est aussi un état d’esprit, des valeurs et une envie : celle de découvrir l’Autre. La francophonie, c’est renverser la table dans le rapport à l’Autre, c’est d’abord percevoir, grâce à notre langue partagée, ce qu’il y a de commun dans l’Autre avant de s’intéresser aux différences, aux singularités, vues comme une richesse. Face à une société qui exacerbe les peurs, qui connaît la tentation du repli sur soi, et qui rejette l’Autre dès qu’il n’est pas comme soi, la francophonie représente, pour moi, une alternative pour bâtir, au niveau planétaire, une société de semblables. Pour cela, il faut voyager dans d’autres pays francophones, consolider les liens en participant aux actions francophones… Il faut tout simplement accepter de vivre l’expérience francophone. »