Le Cercle des Communicants et des Journalistes Francophones poursuit sa série d’interviews sur le journalisme dans l’espace francophone. Interview d’un jeune journaliste Nigérien : Olivier Assogbavi (@1Olivier_ADKP). 

Pour vous, à quoi servent les médias ?

Olivier Assogbavi (O.A) : Pour moi, les médias doivent servir d’outils de développement en informant les populations sur les démarches administratives, les projets politiques, les possibilités de formation, la disponibilité des services de santé, les questions climatiques. Les médias doivent la parole à chaque couche sociale.

Faites-vous une différence entre journaliste et communicant ? Si oui, laquelle ? 

(O.A) : Il existe une grande différence entre le journaliste et le communicant. Selon moi, cette différence se situe à deux niveaux : dans le traitement et la diffusion de l’information.

Le journaliste appartient à un corps de métier qui exige de lui un traitement rationnel de l’information selon les réglementations en vigueur en fonction du pays. Au Niger, le Conseil Supérieur de la Communication est l’organe qui joue ce rôle. Dans le débat politique, le journaliste n’a pas de préférence, en tout cas, il ne l’affiche pas. Par ailleurs, il est libre de choisir une cause et de la défendre (par exemple la cause féministe ou la cause environnementale). Le journaliste donne la parole à des personnes qui ont des opinions différentes, ceci permettant aux lecteurs d’avoir accès à une information équilibrée.

Quant au communicant, il diffuse des informations en rapport avec son employeur. Contrairement aux journalistes, son travail n’est pas encadré par les règles d’éthique ou de déontologie. Il ne cherche pas à présenter une information équilibrée.

Quels sont les grands médias écrits et audiovisuels au Niger ? A qui appartiennent-ils ? Quelle est leur ligne éditoriale ? 

(O.A) : Au Niger, les groupes de médias appartiennent, pour la plupart, aux hommes politiques et aux commerçants. Il existe une centaine de radios privées et une dizaine de chaines de télévision privées dont les principales sont Niger 24, Labari TV, Bonferey, Tambara, Liptako. Par ailleurs, il existe aussi le Studio kalangou, un studio mis en place par la fondation suisse Fondation Hirondelle. Leur ligne éditoriale est composée majoritairement d’actualités politiques et culturelles. La plupart des médias Nigériens n’ont pas un programme adapté aux réalités actuelles (environnement, entrepreneuriat, genre) afin d’accompagner la marche du monde.

Il existe aussi quelques structures étatiques, par exemple Télé Sahel, l’Office National des Editions de Presse ou encore La voix du sahel.

Quelles sont les difficultés d’exercice du métier de journaliste au Niger ? 

(O.A) : Comme dans plusieurs pays au monde, le métier du journalisme est un métier à risque à partir du moment où le journaliste ne reste pas en conformité avec le pouvoir en place. La récente expulsion vers le Mali d’un journaliste connu reste forte dans les mémoires. Par ailleurs, il manque un cadre de formation professionnelle adapté aux besoins actuels du métier de journalisme, ce qui n’encourage plus les jeunes à s’intéresser au métier.

Quels sont pour vous les 3 plus grands journalistes de votre pays ? Pourquoi ? Quels sont les journalistes de votre pays qui sont pour vous des modèles ?

(O.A) : Je ne connais pas de grands journalistes au Niger. Chacun fait son métier. C’est au public de dire qui l’informe le mieux.

Que faudrait-il faire selon vous pour améliorer le journalisme dans votre pays ?

(O.A) : Pour améliorer le métier de journalisme au Niger, il faut d’abord faire comprendre aux journalistes leur rôle d’acteur du développement. Il faudrait également encourager la presse en ligne ; incarnée par la jeunesse, elle traite les véritables questions d’actualité. Enfin, il faudrait encourager les projets de création de radios indépendantes.

Interview publiée en mars 2019


Découvrez l’interview de Seybou Keita sur le journalisme au Mali : https://cercledescommunicants.com/2019/01/09/journalisme-au-mali-seybou-keita/