Discours de lancement de « La Route de la Com » le 12 octobre à la Mairie de Paris.

« Bonsoir à toutes et tous, chers participants de « La Route de la Com », chers intervenants, chers journalistes, chers présidents et représentants de Cercles de communication, chers éditeurs, chers amis,

Si le terme « francophonie » a été popularisé dans les années 1960 notamment sous l’impulsion d’Habib Bourguiba et de Léopold Sédar Senghor, il date en réalité de la fin du 19ème siècle.

Il voit le jour en 1880 sous la plume d’un géographe avec une triple connotation : linguistique (une langue), géographique (un espace) mais aussi idéologique (la francophonie comme vecteur des idéaux de liberté et de fraternité issus de la Révolution française).

Cet héritage ne s’est pas perdu puisque Senghor dira dans les années 1960 que la francophonie, cette « contribution à la civilisation de l’universel », est « le rendez-vous du donner et du recevoir ».

« Donner et recevoir ». C’est justement cette idée qui a guidé la création de « La Route de la Com » par le Cercle des Communicants Francophones. « La Route de la Com » est une opération de parrainages, pendant un an, de 60 étudiants et jeunes diplômés francophones en communication par 60 professionnels aguerris.

Si on regarde d’où viennent les parrains/marraines et les jeunes parrainés, on constate que « La Route de la Com » passe par tout l’espace francophone. Il y a des représentants du Québec, d’Haïti, de Belgique, du Luxembourg, du Maroc, d’Algérie, de Tunisie, de Côte d’Ivoire, du Burkina-Faso, du Bénin, du Cameroun, du Togo, du Sénégal, du Tchad, du Mali, du Gabon, du Niger, du Rwanda, de l’Ile Maurice, de Madagascar et bien entendu de France.

Dans cette salle, certains viennent donc de très loin. Une salle qui nous a d’ailleurs été prêtée gracieusement par la Mairie de Paris dont je tiens du fond du cœur à remercier les agents et les élus. L’occasion aussi pour moi de remercier les parrains et marraines, les intervenants, les éditeurs (Le livre de poche, Territorial Editions, Briefmag) et plus globalement toutes celles et ceux qui ont pris part à l’organisation de l’événement car c’est aussi grâce à vous qu’un tel événement peut voir le jour.

En quoi consiste concrètement « La Route de la Com » ? Chaque parrain ou marraine s’engage à partager, sur une année, 5 heures de son temps, avec son/sa filleul(e). Il s’engage à répondre à ses questions et, dans la mesure du possible, à lui faire visiter un lieu de communication (même à distance grâce aux outils numériques). Il s’engage également à l’inviter à un événement de communication (événement qui peut être numérique). Le parrain ou la marraine essayera aussi de mettre en contact son/sa filleul(e) avec d’autres professionnels de la communication afin de l’aider à élargir ses réseaux et à s’insérer dans le monde professionnel.

Pour résumer, le parrain ou la marraine sera là pour éclairer la route de son filleul ou de sa filleule : pour lui faire approcher les réalités du métier, pour lui donner les outils lui permettant de monter en compétences… et pour lui ouvrir la voie et l’aider à franchir les obstacles. Et l’on sait combien démarrer dans la vie active peut être difficile. D’ailleurs c’est pour cela que notre initiative s’appelle « La Route de la Com » car le terme « route » vient de l’expression latine « via rupta » et renvoie à l’idée d’ouverture de la voie, de frayage d’un sentier, d’un chemin.

Pour sa part, chaque filleul(e) devra faire 3 choses : présenter à son parrain ou à sa marraine une initiative de communication originale, réaliser une interview de son parrain ou de sa marraine et partager son expérience sur les réseaux sociaux (mot dièse laroutedelacom). Vous pourrez donc suivre dans le temps cette opération et voir comment les jeunes mènent leur barque.

Bien évidemment, nous avons juste fixé quelques règles, tracé un plan au crayon à papier mais il est bien évidemment possible d’en faire plus, d’aller plus loin. La relation à l’Autre est faite d’ajustements permanents car l’humain n’est pas une science exacte. Tout dépend de la qualité de la relation que l’on construit avec autrui et du désir mutuel de s’enrichir.

Pour que chaque filleul(e) puisse avancer sur son chemin, mettre en œuvre ce qu’il a appris et apprendre davantage, il nous a semblé utile de les faire participer à plusieurs chantiers collectifs : refonte du logo de « La Route de la Com » avec l’agence Plébiscit qui met gracieusement à disposition un de ses graphistes, organisation d’ « Apéros des communicants », participation à nos groupes de réflexion, travail à titre gracieux sur une campagne de communication d’une petite collectivité ou d’un hôpital public. Les plus investis pourront même intégrer le Conseil d’administration du Cercle des Communicants Francophones que nous allons mettre en place. « La Route de la Com » n’est donc pas un point d’arrivée mais un point de départ, une mise en mouvement, le chemin se faisant en marchant.

Nous avons reçu beaucoup de candidatures et nous continuons à en recevoir. Nous les gardons en réserve en cas de besoin. Si « La Route de la Com » a obtenu autant de succès et un accueil si favorable notamment de la part des médias francophones, c’est peut-être qu’elle répond à un besoin. A un triple besoin, me semble-t-il.

D’abord au besoin de relier. Face à une société qui exacerbe l’individualisme, les passions tristes et les peurs et qui connaît la tentation du repli sur soi ou l’enfermement, il semble nécessaire de déplacer et de multiplier les points de contacts pour « empêcher que le monde ne se défasse » comme dirait Camus.

Pour le Cercle des communicants Francophones, un des éléments qui permet de tenir ensemble, ce trait d’union, c’est la langue française et les valeurs qu’elle incarne et qu’elle véhicule. Une langue à résonance ouverte, une langue qui voyage, qui vit, qui s’enrichit grâce à la francophonie. « Un bijou à sauvegarder » comme dirait le professeur québécois d’origine togolaise Christian Agbobli car la culture et les savoirs sont notre patrimoine commun mis en lumière par cette langue qui nous rassemble, dans son unité et sa grande diversité. Mais le patrimoine ne s’incarne qu’à travers l’humain et c’est pourquoi nous, ici présents, sommes les représentants de cette grande communauté de partage.

Mais « La Route de la Com » ne répond pas seulement au besoin de relier, elle vise également à faire en sorte que chaque jeune prenne conscience de son potentiel et que son horizon est ouvert. C’est pourquoi nous lui donnerons un certain nombre de clés pour ouvrir le maximum de portes mais ce sera à lui de les ouvrir.

« La Route de la Com » répond enfin aux besoins des parrains et marraines. Besoin d’être utiles, de transmettre des connaissances, de partager son expérience, d’aider les filleul(e)s à progresser. Dans notre société qui souffre trop du manque de liens en matière internationale, il faut croiser les regards, « ailleuraliser » comme dirait le philosophe Grégoire Biyogo, c’est-à-dire porter, déplacer son regard et sa réflexion vers d’autres directions. On dit souvent que l’on voit mieux quand on change d’angle de vue.

Pour conclure, « La Route de la Com » doit permettre de semer une petite graine humaniste dans le monde de la communication, de porter une espérance régénératrice et bien sûr de faire rayonner les valeurs de la francophonie. Avec cette opération, le Cercle des Communicants Francophones prend une autre dimension. Ce n’est plus seulement un cercle numérique mais cela devient une véritable communauté, une tribu, devrais-je dire une famille ? En tout cas, un ensemble de personnes animées par la même volonté de construire, de transmettre, de mettre en commun. Vous êtes, nous sommes d’une certaine façon des éclaireurs, des passeurs et des bâtisseurs de sens. Des personnes conscientes de la nécessité de s’interroger sur les équilibres et d’œuvrer inlassablement pour une amélioration. Tendre vers un progrès nécessite parfois de construire de nouvelles routes.

Je vous remercie.

Damien ARNAUD »