Interview de Joseph Quennesson, collaborateur parlementaire de la députée du Tarn Marie-Christine Verdier-Jouclas (LREM).

[Si vous aussi vous êtes collaborateur politique et que vous avez des choses à dire, nous vous donnerons la parole : https://cercledescommunicants.com/collaborateurs-politiques-francophones-dircab-cab/].

Qu’est-ce qu’un bon discours politique ?

Joseph Quennesson (JQ) : Pour faire un bon discours politique, il faut respecter deux aspects : la théorie et la pratique. De façon théorique, un bon discours doit être structuré, argumenté et être accompagné d’exemples concrets qui font sens au public. Dans la pratique, la personne qui réalise le discours doit parler à tout le monde, elle doit y mettre de l’émotion et s’exprimer avec le cœur afin que chaque personne soit touchée au fond de sa pensée et de lui-même. Un bon discours politique est un discours qui touche tout le monde, c’est le meilleur moyen de fédérer les citoyens autour d’un projet.

L’historien Christian Delporte estime que certains communicants politiques se comportent comme des « marionnettistes« . Ils façonneraient le discours de la personnalité politique et la réduiraient à une voix. Qu’en pensez-vous ?

(JQ) : Un conseiller en communication ne peut accompagner efficacement un responsable politique sans le connaître avec ses qualités et ses défauts, sans connaître sa façon de pensée et sans connaître ses moindres comportements. Ainsi, il ne s’agit en aucun cas d’être un marionnettiste, mais de connaître le politique au plus profond de lui-même afin de le conseiller et de l’orienter sur le meilleur chemin en termes de communication. C’est en l’orientant vers le meilleur cadre de communication que le communicant permettra à la personnalité politique de le mettre dans les conditions optimales pour qu’il puisse exercer sa politique.

Selon Jacky Isabello, avant une campagne, le communicant politique doit passer toute la vie du candidat au peigne fin, c’est l’étape du confessionnal, car il y aura toujours des boules puantes. Pensez-vous que le candidat confesse vraiment à son conseiller communication tous ses vilains petits secrets ? N’y aurait-il pas un danger pour le candidat ?

(JQ) : La relation de confiance entre un politique et son communicant est fondamentale. Travailler avec un responsable politique, c’est travailler dans son intimité, avec ses humeurs, ses histoires, ses craintes, ses joies et ses colères. Un politique doit être entouré d’une équipe de fidèles prêts à tout pour lui. Pour cela, le politique doit avoir un véritable relationnel pour fédérer, et pour fédérer il faut une confiance intime et réciproque. Dans ce type de relation proche, le politique est régulièrement amené à se confier à son communicant, c’est dans ces instants que le communicant exercera un appui psychologique afin de soutenir et de porter son responsable politique vers le haut.

Selon Jack Lang, « quand les gens engagent des polémiques contre vous, c’est la preuve que vous êtes vivant ». Les polémiques peuvent-elles être utiles lors d’une campagne ? Auriez-vous un ou deux exemples de polémiques qui ont permis à la personnalité politique de tirer son épingle du jeu ?

(JQ) : En politique, susciter les contestations peut être considéré comme un signe positif car cette situation signifie que vos opposants vous craignent, et tout politique est amené à évoluer lorsqu’il est craint. Nous pouvons prendre l’exemple des deux grandes phrases qui ont permis aux candidats de remporter l’élection présidentielle en 2007 et 2012 : « Travailler plus pour gagner plus » concernant Nicolas Sarkozy en 2007, « Mon véritable adversaire, c’est le monde de la finance » concernant François Hollande en 2012. À l’inverse, toute erreur de communication considérée comme grave peut vous amener à être décrédibilisé.

Pour l’ancienne sénatrice Joëlle Dusseau, un élu doit savoir refuser de s’exprimer sur un sujet dont il n’a pas tous les éléments d’appréciation. Êtes-vous d’accord avec elle ?

(JQ) : Un élu et son communicant doivent sentir les choses. Lorsqu’un média propose une interview sur un sujet délicat, il est important de prendre ses précautions et de décliner l’interview pour éviter que le politique ne se retrouve en situation de risques. C’est dans les situations à hauts risques que le politique est le plus vulnérable et qu’il peut ainsi dire une erreur et donner une image négative de sa personnalité politique.

Interview publiée en janvier 2020


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