Interview de Bastien Parisot, Responsable de la communication à la délégation de la France Insoumise au Parlement européen.

En quoi consiste le métier de communicant politique ?

Bastien Parisot (BP) : En soit, cette question porte elle-même un premier flou : le métier de « communicant » ne définit pas grand-chose : parle-t-on de relations presse ? de communication digitale ? de rédaction de discours ? de réalisation de clips ? La communication couvre un ensemble de compétences diverses. Un communicant peut-être spécialisé sur un domaine ou être couteau-suisse sur l’ensemble… mais cela requiert une expérience certaine pour être bon partout ! Surtout que le digital crée de nouvelles pratiques de façon continue, si bien que l’on peut manquer de compétences ou avoir des connaissances obsolètes en quelques mois seulement…

Pour répondre à la question, le métier de « communicant politique » peut donc consister en des missions bien différentes… Mais s’il fallait essayer de trouver un lien entre toutes, je dirais qu’il s’agit de faire passer des messages, à travers différents outils et auprès de différentes cibles, qui mettent en avant l’action d’un élu ou le projet d’un candidat.

Les réseaux sociaux comme Facebook, Twitter, YouTube contribuent-ils à « extrémiser » les positions politiques ?

(BP) : Les réseaux sociaux sont l’espace d’expression favoris des forces politiques n’ayant pas ou peu accès aux médias traditionnels. Il y a donc une présence de messages qui sortent un peu de l’ordinaire et de « l’establishment ». Cela concerne aussi bien des idées altermondialistes anticapitalistes ou écologistes, qui ne sont ni dangereuses ni extrémistes, qui contournent de cette façon l’inégalité de traitement entre les candidats pour toucher les citoyens, que des groupuscules véritablement extrémistes, je pense par exemple aux mouvances d’extrême-droite qui multiplient leurs actions en ligne.

De fait, on trouve donc des positions parfois extrêmes sur les réseaux sociaux, mais ces positions existaient déjà par le passé, elles ne sont pas nées avec le digital. La différence est qu’elles sont plus visibles aujourd’hui.

Ce qui est vrai, par contre, c’est que les pratiques des réseaux sociaux tendent à rendre le climat et le débat politique plus violent. Sur Twitter, par exemple, la recherche du clash, de la petite phrase bien sentie et de la réponse immédiate a créé une gigantesque arène fictive comparable où tout le monde tire dans tous les sens. Sans compter les nombreux « trolls » qui n’apportent rien d’autre que de la polémique de bas étage… Il y a donc une radicalisation des pratiques plus qu’une « extrémisation » des positions politiques.

Mais je tiens à ajouter qu’il s’agit du mauvais côté des réseaux sociaux. Il y en a tout de même d’autres bien plus positifs. Heureusement, il est possible d’utiliser les outils digitaux pour faire des choses intéressantes et pertinentes !

Pourquoi d’après-vous les communicants politiques sont-ils si détestés ? 

(BP) : Il y a un mythe autour des communicants politiques et de leur rôle. Certains les voient comme des gourous, d’autres pensent qu’ils tirent les ficelles au sein des partis politiques ou des institutions… C’est une vision déformée de la réalité. En vérité, le rôle du communicant se limite au conseil, la prise de décision revient bien souvent à l’élu ou au candidat. Le communicant épaule la personne avec laquelle il travaille, au niveau de la stratégie de communication. Son rôle est de définir la meilleure façon de faire passer un message ou de travailler une image. Pour autant, il ne dicte pas son comportement à la personne qu’il conseille. 

En France, certaines affaires célèbres ont également fait beaucoup de mal à l’image des communicants politiques. L’affaire Cahuzac par exemple, qui a commencé par mentir publiquement avant d’avouer sa fraude fiscale… On a su, par la suite, que l’ex-ministre de François Hollande était entouré de conseillers en communication… Cela donne l’image de conseillers de l’ombre prêts à tout pour tromper les citoyens. Il en reste un goût amer de manque d’honnêteté, qui agace les Français. Et c’est normal.

De quoi la communication politique a-t-elle besoin pour se régénérer ?

(BP) : D’honnêteté. Il faut repenser les bases du métier de communicant et l’impact de la communication politique sur la société.

Ces dernières décennies, la communication politique a été peu à peu remplacée par le marketing politique. La campagne d’Emmanuel Macron en est un exemple frappant : tout a commencé par un porte-à-porte géant à travers le pays pour définir les sujets qui préoccupaient les Français à ce moment-là. Ensuite, l’équipe d’En Marche a analysé les données pour proposer un contenu en phase avec les résultats.

Il faut bien comprendre que tout cela est un travail qui va à l’encontre de la communication. On ne réfléchit plus à comment faire passer un message, comment convaincre, comment donner envie, en partant des idées et des valeurs portées par un parti ou un candidat mais on étudie ce que les gens veulent entendre et on les arrose de messages. C’est le même schéma que celui utilisé par le marketing avant de sortir un nouveau produit : on séduit les électeurs plutôt que de les convaincre.

C’est plus simple, plus efficace à court terme, mais cela ne paye pas sur le long terme : au premier coup dur, la popularité de l’élu s’écroule. C’est le cas de d’Emmanuel Macron qui avait promis une « révolution » dans les institutions, ça a été celui de François Hollande qui avait promis un « changement maintenant » qui n’est jamais venu, ou celui de Nicolas Sarkozy qui avait promis que « ensemble tout serait possible » et a quitté l’Elysée avec une France ultra-divisée… Ces Présidents ont basé leurs campagnes sur des messages positifs, de l’espoir et du renouveau, mais appliquent ensuite les mêmes politiques de rigueur et demandent des efforts aux Français pendant leur mandat. Après avoir été séduits en quelques semaines par une image créée sur mesure, ces derniers sont rapidement déçus et se sentent trompés.

Il est donc nécessaire de repenser le rôle du communicant. Est-il pertinent d’enchaîner des campagnes efficaces avec comme seul objectif de prendre le pouvoir, à grand renfort de storytelling ? Ne faudrait-il pas baser avant tout la communication sur les valeurs, les idées et les courants de pensées dans lesquels un candidat ou une candidate inscrit son action ? Certes, la réussite électorale pourrait être plus difficile à atteindre mais cela serait plus honnête et offrirait sûrement plus de stabilité sur le long terme. Tout le monde en sortirait gagnant !

Un exemple célèbre : pendant la seconde guerre mondiale, Churchill n’a pas promis aux Anglais une victoire éclair, une vie confortable et la stabilité économique… mais des larmes et du sang ! Evidemment, le contexte est incomparable avec notre époque mais la démarche est tout de même basée sur l’honnêteté et la transparence envers ses concitoyens au moment de fixer le cap. Il s’avère que Churchill a marqué l’Histoire et laissé l’image d’un grand Homme d’Etat… peut-être s’agirait-il de s’en inspirer !

Interview réalisée mi 2019 et publiée en janvier 2021

Vous souhaitez vous aussi répondre à une interview écrite sur les évolutions de la communication politique ? https://cercledescommunicants.com/2019/07/21/interview-communication-politique/