La communication publique interne est un sujet majeur dans le secteur public. C’est pour cela que nous avons construit un dossier avec Mary Mackay, spécialiste en communication interne et auteure de l’ouvrage Bâtir une stratégie de communication interne, guide méthodologique pour communicant public (édition Territorial).
Dans ce dossier, vous trouverez :
- une longue interview écrite d’elle pour faire le tour du sujet : https://cercledescommunicants.com/2025/01/13/aujourdhui-la-communication-interne-nest-plus-uniquement-descendante-elle-tisse-la-relation-entre-les-agents-et-participe-de-la-relation-a-lusager/
- trois podcasts ci-dessous pour aller plus loin et approfondir certains aspects du sujet
Podcast n°1 sur le rôle, les formes et les évolutions de la communication interne dans les collectivités : « sa dimension stratégique a été mise en lumière avec le phénomène de grande démission et du covid »
Qu’est-ce que la communication interne dans les collectivités ?
La communication interne, en tout cas c’est ce que je défends dans l’ouvrage, c’est le point de rencontre entre le projet politique, qui est le projet des élus, le projet d’administration qui est celui de la Direction générale et la mise en œuvre qui est menée par les agents. La difficulté, c’est de savoir comment réunir ces trois composantes pour qu’elles se comprennent et qu’elles œuvrent dans le même sens.
Peut-on dissocier la communication interne de la communication externe ?
Dissocier l’interne et l’externe, c’est amputer une partie de la communication d’une institution. Je vais citer les campagnes de marque employeur qui aujourd’hui basculent de l’un à l’autre très régulièrement, l’interne enrichissant l’externe et vice-versa, au service finalement du service public.
Quelle est la principale évolution de la communication interne dans le secteur public ?
Dans le passé, la prise de parole était réservée aux élus, les agents n’avaient pas à prendre la parole. Aujourd’hui, on voit que tout cela est dépassé. Aujourd’hui, on accepte que les agents puissent être défenseurs des services publics, puissent être militants de ce service public. La collectivité gagne aussi à mettre en valeur cette prise de parole.
Dans le secteur public, la communication interne a-t-elle gagné ses lettres de noblesse ?
Aujourd’hui, la communication interne gagne en légitimité. Elle est reconnue pour sa valeur et pour ses prérogatives. Après, ça ne veut pas dire que la communication interne est récente. Il y a des collectivités où ils font de la communication interne depuis 25 ans. Elle a été mise en lumière, on va dire, par deux grands événements, à la fois un peu cette grande démission qu’on observe à la fois des agents publics et des salariés du secteur privé, et également par rapport au Covid, qui est venu mettre en lumière la vision stratégique de cette mise en relation des agents et de leur collectivité.
Dans le secteur public, y a-t-il plusieurs formes de communication interne ?
Selon la bulle de l’organigramme dans laquelle la communication interne sera placée va teinter la communication interne. Si on est plutôt du côté de la Direction générale, on va être sur une communication interne plutôt organisationnelle, liée à la dynamique d’équipe, liée à l’implication managériale. On est plutôt sur le projet d’administration.
Autre possibilité : la communication interne est rattachée à la Direction de la communication externe. Cela arrive souvent. Dans ce cas, on va avoir finalement des préoccupations plus proches du projet de mandat. La communication interne sera orientée vers l’actualité de la collectivité. Le risque est d’être parfois trop dans l’orbite du politique. Il faut pouvoir bien dissocier les deux pour ne pas donner l’image que la communication interne serait uniquement la parole descendante de l’élu vis-à-vis des agents. Après, il y a un avantage non négligeable à placer la Direction de la communication interne avec la Direction de la communication externe, c’est l’économie de moyens, en termes de supports, en termes d’outils et également la cohérence des messages.
Enfin, il y a un troisième rattachement possible, qui n’est peut-être plus le rattachement majoritaire par rapport au passé, c’est de rattacher la communication interne à la Direction des ressources humaines. Là, c’est une pratique répandue mais finalement le risque est d’avoir un regard trop RH, se limitant trop à l’information RH et manquant de hauteur, de prise de recul sur la transversalité que peut avoir la communication interne.
Podcast n°2 sur les moyens budgétaires et humains déployés par les collectivités en matière de communication interne : « faire apparaître la communication interne dans l’organigramme, c’est déjà une première bataille »
Pourriez-vous donner quelques chiffres éclairants sur la communication interne dans les collectivités ?
D’abord, il y a 80% des collectivités qui ont des équivalents temps pleins dans leur service dédié à la communication interne. C’est vraiment une progression par rapport à ce qu’on pouvait observer il y a encore une dizaine d’années. Il y a 90% des agents qui se sentent soutenus dans leur mission de communication interne. Là encore, ça montre un portage très important de la collectivité. Et enfin 50% des communicants internes ont leur place en comité de direction, en Codir. C’est vraiment une preuve de la légitimité et du levier stratégique de la communication interne.
Toutes les collectivités ont-elles des agents dédiés à la communication interne ?
Tout dépend de la structuration de la collectivité et de sa taille. Bien évidemment que des collectivités de grande envergure, je pense au département par exemple, ont la volonté d’asseoir la communication interne dans leurs équipes. On a des petites collectivités qui auront tout de même des agents en charge de la communication interne mais évidemment avec d’autres missions de communication externe ou de RH. Tout dépend aussi de la structuration de la communication, d’où elle se situe dans l’organigramme et de la volonté finalement politique et administrative d’aller sur ce terrain-là.
Comment renforcer la légitimité de la communication interne dans le secteur public ?
Faire apparaître la communication interne dans l’organigramme, c’est déjà une première bataille. C’est-à-dire qu’aujourd’hui, parfois encore, la communication interne est diluée dans un poste de responsable com’ ou de chargé de com’. On a aussi beaucoup de Directeurs de la communication publique externe qui se voient confier dans leurs objectifs le développement de la communication interne. J’imagine que c’est aussi un fléchage, une fois l’audit mené pour savoir où est-ce que la collectivité veut aller, d’un poste dédié, voire de plusieurs, en tout cas d’un poste de Directeur adjoint de la communication en charge de la communication interne.
Hormis les communicants, y a-t-il d’autres acteurs de la communication interne ?
Il n’y a pas uniquement le communicant interne qui œuvre à cette communication interne. Les syndicats, l’amicale du personnel et les assistants de prévention sont des parties prenantes de la stratégie de communication interne. Il ne faut absolument pas les mettre à l’écart mais, attention, chacun son rôle.
Dans le secteur public, les communicants internes disposent-ils d’un budget propre ?
L’attribution d’un budget propre est encore plutôt rare dans la plupart des collectivités, même si cela progresse. Les crédits sont plutôt fléchés sur des actions de communication ou de RH.
Podcast n°3 sur les compétences et les formations en matière de communication interne : « en communication interne, il faut avoir une grande ouverture d’esprit, vraiment s’intéresser à l’Autre »
Les communicants internes actuels ont-ils suivi des formations en communication interne ?
Dans les formations que j’ai pu suivre ou que des homologues de mon âge ou plus âgés ont pu suivre, la communication interne n’était vraiment pas présente. Les communicants internes ont donc parfois une formation plutôt de communicants généralistes et, grâce à la formation continue, se sont former à la communication interne. Par contre, au niveau des formations qui sont proposées aujourd’hui, il y a de plus en plus de communication interne.
Quelles sont les compétences à avoir pour faire de la communication interne dans les collectivités ?
Pour moi, c’est un état d’esprit avant d’être une technicité. Etre communicant interne nécessite d’avoir suivi une formation en communication mais aussi d’avoir ce petit plus, j’ai envie de dire d’ouverture, il faut s’intéresser réellement à l’Autre. On ne peut pas mentir parce que notre cible, c’est notre voisin de bureau, c’est celui avec qui on mange à la cantine, c’est celui que l’on va croiser dans l’ascenseur. Si on n’est pas authentique sur cette démarche d’ouverture et d’intérêt, de curiosité, cela ne peut pas marcher. Il faut avoir envie finalement de donner à voir ce que les autres font.
L’autre qualité au-delà de cette ouverture, c’est aussi des qualités de stratège. Pour piloter cette vision et embarquer des acteurs avec soi, surtout quand on est peu nombreux, qu’on a peu de moyens, peu de budget, il faut avoir cette vision stratégique qui est déclinée dans notre plan de com’ et ‘notre plan d’actions.
Quel est l’intérêt pour un jeune communicant de faire de la communication interne dans le secteur public ?
Je dis souvent aux apprentis et aux stagiaires que je peux accueillir dans mon service que la communication interne est un formidable terrain de jeu pour débuter la communication. On a à la fois une liberté de ton, souvent plus que dans la com’ externe, et on touche à l’ensemble des sujets qui sont traités par une collectivité. Les collectivités territoriales ont de nombreuses compétences. Moi-même, dans la mienne, on en a une quarantaine. Débuter dans la communication interne, c’est déjà toucher du doigt l’ensemble de ces compétences territoriales.
Par ailleurs, alors que dans une service de communication externe, on va être par exemple chargé de com’ sport, chargé de com’ culture ou chargé de com’ éditoriale et on va peut-être être plus enfermé quelque part dans des thématiques ou dans des spécificités, en communication interne, malgré tout, ce manque de moyens, fait aussi que quand on débute, on va toucher à tout. On va développer aussi un système D, ce qui est quand même très enrichissant dans un début de carrière, quand on est jeune, pour pouvoir tester et découvrir l’ampleur des métiers de communicant.
Une série réalisée par Damien ARNAUD et publiée en 2025
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